L’entrepreneuriat culturel

Entreprise et Culture ne sont pas antinomique

L’entrepreneuriat culturel est un sujet d’actualité, voir à la mode, qui commence à sérieusement intéresser les acteurs traditionnels de la culture. Le « Rapport sur le développement de l’entrepreneuriat culturel en France » rédigé par Steven Hearn et Olivier Saby pour le Ministère de la Culture en 2014 a peut être joué un rôle dans ce début de reconnaissance.

Citons d’abord la définition que donne le rapport Hearn de l’entrepreneuriat culturel :

« Un entrepreneur culturel est le fondateur d’une personne morale immatriculée au registre du commerce et des sociétés (RCS) qui commercialise un produit ou service culturel, dont il est ou non à l’initiative, en s’insérant dans des logiques entrepreneuriales (rentabilité, croissance, profit). L’innovation qu’il crée peut concerner le contenu, le produit ou service, l’usage, le mode d’organisation, le processus de création ou de distribution et même les schémas de pensée. »

L’entrepreneuriat culturel n’est donc pas nouveau, un label, une salle de spectacle ou une galerie d’art étant bien des entreprises commerciales à but lucratif. Pourtant, en France, on a encore tendance à opposer entreprise et Culture comme si cela remettait en cause le soutien public à la création. L’introduction du rapport Hearn pointe ce problème de perception tout en replaçant les choses dans leur contexte :

« La professionnalisation du secteur culturel a renouvelé la figure de ses entrepreneurs mais pas leur perception par les tiers qui opposent notamment création et économie. Ce sont pourtant des agents économiques à part entière, dont les initiatives galvanisent la création, créent des emplois, génèrent des revenus et s’inscrivent dans une stratégie de développement économique et durable. (…) Si la subvention et le mécénat doivent continuer à irriguer la création, le temps où les activités du secteur s’exonéraient des règles de l’entrepreneuriat est révolu. »

Steven Hearn, auteur du rapport, est l’un des plus grands investisseurs dans le domaine de la culture en France à travers sa holding Scintillo : salles de cinéma, salles de concerts, boîtes de production et de distribution de films, magazines, incubateurs de start-ups… Il est aussi depuis 2011 le directeur de la Gaité Lyrique qui est un bon exemple de ce nouveau contexte culturel.

La Gaité Lyrique

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Salon de la Gaité Lyrique

Cette salle qui se présente comme un « lieu-média » d’exploration des cultures numériques, marche en délégation de service public : le lieu appartient à la ville de Paris mais il est géré par des sociétés privées. Financé à environ 55% par la municipalité, le lieu doit donc générer lui même la moitié de ses 11 millions d’euros de budget. Dans le cadre de notre séminaire nous avons pu discuter avec Vincent Cavaroc, programmateur des expositions. Le statut particulier de la Gaité Lyrique a un impact direct sur le fonctionnement du lieu et sa programmation. L’objectif de rentabilité étant toujours présent, il faut innover pour maintenir une programmation intéressante tout en garantissant un taux de remplissage élevé et des prix accessibles. Cela passe par le recours aux co-productions sur de nombreux événements, la privatisation d’espaces et surtout de nombreux partenariats avec des marques. Arrivant au bout de son mandat de gestion, l’équipe de la Gaité Lyrique sort avec un bilan très positif et espère être reconduit pour 5 ans. À propos de ce modèle économique novateur, Vincent Cavaroc assure que la Gaité Lyrique est régulièrement approchée par des institutions culturelles curieuses de connaître la recette lui permettant de fonctionner avec seulement 55% de financement public. Il tempère cependant, en expliquant que la Gaité Lyrique, situé en plein centre de Paris, part avec un avantage important en terme de public et ne doit surtout pas être pris en exemple dans ce contexte de baisse de subventions.

La solitude des entrepreneurs culturels

Bien souvent, les entrepreneurs de la culture sont d’abord passionnés par le contenu de leur projet : « leurs motivations sont plus intrinsèques (valeurs et sens) qu’extrinsèques (rémunération et profit) » écrit Steven Hearn, quitte à sous-estimer l’importance de sa viabilité économique. Mon expérience personnelle est un bon exemple : passionné de musique, je crée avec trois associés et amis ma start-up, MUZRS, dans le but de monter une plateforme collaborative musicale. Après deux ans de travail nous lançons une première version grâce au crowdfunding et à des apports personnels. Et nous commençons tout juste à remettre le nez dans le « business model » du projet !

Si plusieurs incubateurs spécialisés dans les start-ups  culturelles sont nés ces dernières années – on peut citer à Paris celui du Centquatre, 104Factory et de la Gaité Lyrique, Créatis – le rapport Hearn pointe le manque d’encadrement dans ce domaine.

« les entreprises du secteur culturel connaissent les mêmes difficultés de structuration, et en particulier d’accès au financement, que les sociétés des autres secteurs mais sont particulièrement discriminées par les tiers. Leur développement est conséquemment plus difficile que la moyenne. »

Et en effet, si les services et produits culturels ne sont pas des marchandises comme les autres, leur économie est également particulière. La création et la consommation culturelle sont notamment régies par des règles tout à fait exceptionnelle. D’où une incompatibilité avec certains programmes d’aides au financement ou au développement d’entreprises, qu’ils soient publics ou privés.

Je note cependant le développement d’un écosystème de start-ups culturelles, ce qui représente un pas important pour le secteur. Avec MUZRS, nous nous retrouvons régulièrement à « pitcher » notre projet aux côtés d’autres entrepreneurs culturels, souvent les mêmes. Et force est de constater que la grande majorité de ces projets sont liés au digital : plateformes de mise en relation, « agrégateur » de contenus, applications mobiles… De quoi attirer des investisseurs, que le digital fait plus rêver que la culture.

 Louis Bénet

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