La place de la musique électronique aujourd’hui dans le paysage musical

Bien que toujours stigmatisée, la musique électronique à su s’imposer peu à peu avec le temps pour être aujourd’hui l’un des genres les plus mis en avant dans le paysage musical. Elle a pu grandir aussi avec l’émergence du hip-hop qui s’est produite conjointement à elle. En effet les deux genres partagent énormément de points. En premier lieu leurs techniques de production sont similaires, certains instruments sont aussi bien utilisés chez l’un que chez l’autre. C’est le cas des boites à rythmes qui ont été adoptés largement par les deux genres, de même que la pratique du sampling (ou d’échantillonnage en français) consistant en la réutilisation d’extrait d’anciens morceaux d’une manière nouvelle ; la performance de DJ est aussi présente en hip-hop de même que la pratique du « remix » consistant en la création d’une version alternative d’un morceau, avec de nouvelles sonorités, de nouveaux intervenants, tout en gardant des éléments du morceau original que l’on peut retravailler aussi. 

Le hip-hop s’est imposé plus facilement que la musique électronique dès le début des années 2000 du fait de sa capacité à véhiculer des messages sociaux, à défendre des idées mais aussi parce qu’il laisse une large place au chant qui reste une forme musicale accessible pour tous. L’avènement du R’n’B durant ces années a aussi beaucoup participé à la démocratisation du genre. Cet avènement du hip-hop invite des personnes de plus en plus variées à s’intéresser à cette scène, à son histoire, à ses sonorités, au principe de la boucle répétée et à ses modes de production. De plus le hip-hop et la musique électronique sont similaires sur le mode de diffusion, basé sur des labels indépendants avec lesquels les artistes gardent pleinement la main sur leurs œuvres. Ils témoignent aussi tous deux d’une approche du studio innovante venant du fait que les producteurs ne sont pas techniciens de studio ou ingénieurs, ils utilisent les outils de façons nouvelles, ce qui produit de nouvelles sonorités. Enfin les codes du hip-hop avec ce désir de se différencier des artistes surmédiatisés et cet attrait pour l’underground sont partagés avec la musique électronique.Ces similitudes vont être un atout pour cette dernière.

Le numérique et internet qui se sont imposé au début des années 2000 ont aussi été des faits clefs dans l’histoire de cette musique. Le numérique a permis une réduction considérable des coûts de production et augmenté la rapidité de création. En premier lieu l’ordinateur a permis de centraliser tous les éléments constitutifs d’un studio en son sein. La musique électronique étant majoritairement instrumentale, de simples logiciels devenant de plus en plus complexes intégrant des banques de données, des synthétiseurs dématérialisés et même des imitations quasi-parfaites de vrais équipements de traitement audio, permettent à n’importe qui de produire sa propre musique. Ensuite internet a permis de démultiplier la rapidité de diffusion de musiques ainsi que leur promotion. Elle a en même temps eu un effet négatif sur la vente de musique du fait du piratage facile qui s’est démocratisé. C’est d’ailleurs cet aspect négatif qui à changer les modes de consommation de la musique et qui a par exemple participé à l’éclosion de nombreux festivals de grande ampleur que l’on connaît aujourd’hui.

Dans son live Digital Magma, de l’utopie des raves parties à la génération iPod, sorti en 2007, Jean-Yves Leloup décrit la démocratisation des musiques électroniques sous le terme de « révolution de velours » :

« La vague techno fut à l’origine d’une révolution de velours. Ces vingt dernières années, c’est dans un certain anonymat, grâce à des réseaux discrets et parallèles, que cette culture artistique a pris son envol. Ses innovations, ses trouvailles, sa richesse, ont cependant souvent été masquées par des questions d’ordre économique et législatif. »
La pratique du
sampling, à la frontière du légal, de même que la consommation de drogues dans des rassemblements illégaux, ont été de grands freins pour les artistes désireux de voir leur musique acceptée.

Il ajoute que « pendant que les médias, les professionnels et quelques penseurs de la modernité détournaient leur attention, la musique a changé. L’apport de la technologie et son usage créatif, initié par une partie des artistes puis du public, ont en quelques années transformées notre rapport à la musique, mais aussi à l’art et à la culture en général. L’idée n’est pas ici de clamer que tout a été inventé par la génération techno, mais plus simplement de révéler et de pointer qu’au sein de cette culture populaire et technologique, se sont dessinée la plupart des mutations culturelles actuelles. »13

Cette contre-culture consciente s’est justement bâtie sur leur rejet global par la société, les artistes ont monté leurs propres structures afin de promouvoir leur musique, que cela soit à la fois des magasins de disques ou des labels ; tout s’est globalisé par des ventes en petites quantités mais a de faibles couts ce qui a permis d’entretenir ce mouvement. Le numérique a touché aussi ces musiques mais le vinyl a toujours été acheté du fait sa longévité et de son utilisation par les DJ. C’est d’ailleurs cette économie de la scène qui a permis aux artistes et labels de gagner des revenus réguliers et normaux. Cette micro-économie, en restant en marge du star-system propre à la pop et aux autres musiques de masses, a pu traverser les époques avant-même la crise du disque qu’on connaît actuellement. Sans le vouloir cette scène a dès le départ fondé sa rentabilité sur la prestation scénique. C’est de cette manière que les musiques électroniques ont pu s’affirmer car elles rassemblent les gens dans des événements festifs où un sentiment d’unité est créé. 

Morgan JOUVENET, Rap, Techno, Electro : le musicien entre travail artistique et critique sociale, Editions MSH, 2006

Gautier Scaringela

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